Scandaleux : Pour les prud’hommes, traiter un coiffeur de « PD » n’est pas homophobe

« Dans le milieu de la coiffure », ce ne serait pas un propos homophobe, car « les salons emploient régulièrement des personnes homosexuelles », a écrit la cour.

Il faut se pincer pour y croire. Un jugement rendu par le conseil de prud’hommes de Paris en janvier dernier estime que traiter un coiffeur de « PD » n’est pas une insulte homophobe. La cour avait été saisie par un employé licencié par un salon de coiffure parisien.

L’affaire démarre au début de l’année 2015, rapporte France Info. L’employé reçoit alors un SMS de sa manager, envoyé par erreur : « je ne le sens pas, je ne le garde pas, c’est un sale PD, ils ne font que des tours de pute. » Le lendemain, elle lui annonce la rupture de sa période d’essai, invoquant une « insuffisance professionnelle ».

« Les salons emploient régulièrement des personnes homosexuelles »

Le coiffeur saisit alors le Défenseur des droits, qui enquête, puis le conseil des prud’hommes. Dans sa défense, le salon de coiffure assure que ce n’est pas lié à l’homosexualité de son salarié. Les juges du travail condamnent malgré tout l’employeur à 5 000 euros mais ne retiennent pas le caractère discriminant.

Un jugement que n’accepte pas la victime, car l’argument invoqué par les juges est pour le moins surprenant. « En se plaçant dans le contexte du milieu de la coiffure, il [le terme « PD », NDLR) ne peut être retenu comme propos homophobe, car il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles notamment dans les salons de coiffure féminins, sans que cela ne pose de problèmes », écrivent-ils.

« Scandaleux »

Pour Slimane Laoufi, chef du Pôle emploi privé auprès du Défenseur des droits, le conseil des prud’hommes a « ni plus ni moins repris les conclusions de l’avocat du salon de coiffure » et se demande si la décision n’a pas été rendue « dans la précipitation ».

Depuis ce matin, l’information provoque l’indignation, notamment sur les réseaux sociaux. Un véritable bad buzz, non pas pour le salon de coiffure, mais pour la cour des prud’hommes qui a rendu le jugement. Au micro de RTL vendredi matin, la ministre du Travail Myriam El Khomri a jugé « scandaleux » et « choquant » cet arrêt des prud’hommes. La victime a fait appel, et de nouveau saisi le Défenseur des droits.

Une information qui fait écho à ce qui se passe dans l’État du Mississippi, outre-Atlantique. Une loi vient d’y être votée qui autorise les commerces de l’État du Mississippi à désormais refuser de servir des couples homosexuels. Le texte, repéré par le Washington Post, va plus loin en autorisant les magasins à « déterminer qui peut aller dans les toilettes, les cabines d’essayage et les vestiaires ». La mesure devrait entrer en vigueur au 1er juillet 2016.