Protégeons les jeunes du tabac et des produits inhalés !

À l’occasion de la Journée Mondiale sans tabac le 31 mai qui vise à mettre l’accent sur le rôle décisif joué par les professionnels de la santé dans la lutte antitabac, la Fondation du Souffle se mobilise.

Thierry Urban, pneumologue et cancérologue au CHU d’Angers, pense que les risques du tabagisme nécessitent des plans ambitieux d’information et de pédagogie renforcés auprès des jeunes mais également des familles et de tous les adultes qui les encadrent.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que d’ici 2020, le tabac sera la principale cause de décès et d’incapacité, avec plus de 10 millions de victimes par an. Le tabagisme entraînera alors plus de décès à travers le monde que le Sida, la tuberculose, la mortalité maternelle, les accidents de voiture, les suicides et les homicides combinés…

Plus de 200 000 mineurs commencent à fumer en France chaque année. Presque un tiers des jeunes Français de 17 ans fument du tabac. Une proportion très importante, beaucoup plus que dans d’autres pays. En Norvège, par exemple, « seulement » 14 % des adolescents de 17 ans fument et 12 % aux États-Unis. Il faut y voir un échec de notre politique de lutte contre le tabagisme. La loi Evin n’est pas toujours respectée, notamment en ce qui concerne la publicité autour du tabagisme. Or, nous ne savons que trop combien les jeunes sont sensibles au marketing. D’autant plus que l’industrie du tabac n’hésite pas à cibler les films et les réseaux sociaux, prisés par les adolescents. En outre, nous sommes en retard par rapport à bien d’autres pays – qui ont réussi à faire baisser le pourcentage de fumeurs – en ce qui concerne l’application de la CCLAT, la Convention-Cadre de l’OMS

Récemment, de très nombreux proviseurs ont accepté, parfois sous la pression de parents d’élèves, que le tabac ait à nouveau une place dans leur établissement. Ce n’est que le reflet d’une société où le risque tabac et le risque majeur d’entrer dans l’addiction quand on commence à fumer tôt sont largement sous-estimés. Nous, pneumologues, malades respiratoires, acteurs de prévention de la Fondation du Souffle, pensons que les risques du tabagisme nécessitent des plans ambitieux d’information et de pédagogie renforcés auprès des jeunes mais également des familles et de tous les adultes qui les encadrent. L’objectif est que chacun intègre que le tabac est responsable de 200 morts chaque jour en France et réagisse en fonction de cette réalité.

Hausse de la consommation de cannabis chez les jeunes

Outre le tabac, les jeunes de notre pays sont de plus en plus nombreux à consommer du cannabis. D’après des enquêtes récentes, près de 50 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir fumé du cannabis. Un chiffre inquiétant quand on connaît le danger du cannabis pour la santé : effets sur le cerveau mais aussi impact délétère sur le système respiratoire.

Hausse de l’expérimentation de la e-cigarette chez les jeunes

A souligner aussi, de nombreux adolescents testent les cigarettes électroniques. Celles-ci, en maintenant la gestuelle du fumeur et en initiant à la nicotine, ne rassurent pas complètement les associations de lutte contre le tabagisme, même si elles sont finalement bien moins nocives que les cigarettes et ne semblent pas favoriser le tabagisme ultérieur.

Le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a récemment actualisé son avis relatif aux bénéfices-risques de la cigarette électronique étendus en population générale. Le HCSP recommande :

– d’informer, sans en faire publicité, les professionnels de santé et les fumeurs que la cigarette électronique est une aide à l’arrêt du tabac,

– de maintenir les modalités d’interdictions de vente et de publicité prévues par la loi et d’étendre l’interdiction d’utilisation à tous les lieux affectés à un usage collectif.

La Fondation du Souffle suit activement les évaluations de la relation bénéfices/ risques de l’usage de la cigarette électronique.

Protéger les jeunes des produits toxiques inhalés, une urgence

Nos autorités vont devoir frapper fort pour faire baisser tous ces chiffres. Les différents moyens à mettre en œuvre divisent, mais les experts sont d’accord pour dire qu’une hausse brutale des prix du tabac est essentielle, tout comme la déconstruction de l’image positive du tabac. Pour cela, maintenons la pression pour que la loi Evin soit réellement appliquée ; que les espaces publics soient tous non-fumeurs et que l’industrie du tabac ne puisse pas promouvoir ses produits ; informons les jeunes des manœuvres des cigarettiers. Enfin, il est essentiel que les professionnels de santé soient formés à l’aide au sevrage tabagique et à la prise en charge des consommateurs de cannabis, y compris ceux du plus jeune âge, et que des programmes de prévention adaptés soient organisés. Autant d’actions mises en place et/ou soutenues par la Fondation du Souffle. Les pneumologues restent mobilisés avec la Fondation. Nous ne pouvons pas laisser tant de jeunes vies partir en fumée.

Les dégâts du binge drinking sur le cerveau des jeunes

Je suis une maman, en lisant le contenu de cet article j’ai décidé de publier, en effet il nous concerne tous…. L’alcool fait des dégâts… nous le savons tous. L’enquête et les travaux menés sur le  « binge drinking » donnent froid dans le dos.

Alors que le phénomène du binge drinking (pratique consistant à ingurgiter un maximum d’alcool en un minimum de temps) continue de prendre de l’ampleur en Europe, des chercheurs franco-anglais se sont penchés sur les effets d’une telle pratique au niveau du cerveau. Leur étude, publiée dans Addiction Biology, révèle que la consommation excessive de boissons alcoolisées sur une courte période endommage durablement le cerveau des jeunes

En Europe, 28% de la population étudiante et 33% des 15-24 ans s’adonnent au binge drinking une fois par semaine (Source : Département de la communication de l’Union européenne). Or, ce jeu importé des pays anglo-saxons s’avère très néfaste pour le cerveau.

L’étude* porte sur quarante étudiants de deux universités différentes, âgés de 18 à 25 ans. Parmi les participants, il y avait dix hommes et dix femmes qui ne pratiquaient pas le binge drinking, tandis que dix hommes et dix femmes étaient des « binge drinkers ».

Les étudiants se sont prêtés à des questionnaires, des IRM et des tests cognitifs, deux fois à un an d’intervalle.

Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que les différences des dommages sur le cerveau s’observent en fonction du sexe.

Le binge drinking a de graves répercussions anatomiques chez les hommes. Leurs cerveaux présentent des perturbations au niveau de la connectivité neuronale dans la matière blanche. La matière blanche est composée de faisceaux de fibres qui connectent les différentes régions de matière grise et transmettent les communications entre les cellules nerveuses. Lorsque la matière blanche est atteinte, le câblage par lequel passe l’influx nerveux est moins performant.

Or à l’adolescence, il y a une diminution de la masse de matière grise afin d’éliminer les connexions neuronales inutiles tandis que la matière blanche s’intensifie pour accélérer la vitesse de connexion sur la myéline.

Résultat : les garçons qui s’adonnent au binge drinking ont une moins bonne mémoire, des difficultés d’apprentissage, de raisonnement, de compréhension, de lecture, etc.

Les hommes sont plus touchés que les femmes car ils sont beaucoup plus nombreux à pratiquer le binge drinking. « Lors du recrutement des étudiants que nous avons fait à l’aide d’un questionnaire, 40% des hommes contre 16% des femmes étaient des binge drinkers sur environ 4.000 étudiants. Cette proportion correspond à celle observée aux Etats-Unis », explique le Pr Mickael Naassila, l’un des auteurs de l’étude. « Il y a donc une banalisation du binge drinking qui mérite qu’on prenne ce phénomène très au sérieux », précise-t-il.

Contrairement aux garçons, les filles ne perdent pas la densité de leur matière blanche. Selon le Pr Mickael Naassila, ce résultat serait certainement dû au fait que « le cerveau des jeunes filles finit sa maturation plus tôt dans l’adolescence, alors qu’elle continue de progresser chez l’homme jeune adulte« . Le professeur n’exclut pas que la matière blanche des femmes subisse des altérations « mais plus subtiles« , explique-t-il. Néanmoins, elles voient leur matière grise altérée.

C’est la matière grise du cerveau qui contient les corps cellulaires de nos neurones. Les structures de la matière grise traitent l’information provenant des organes sensoriels ou d’autres régions du cerveau constituées de matière grise.

Même si les premiers résultats de l’étude portent sur la matière blanche, on peut en conclure que les filles qui pratiquent le binge drinking perdent des neurones. En effet, le binge drinking déclenche un processus neuro-inflammatoire qui attaque la substance blanche, tue des neurones et empêche la neurogénèse (apparition de nouveaux neurones).

Le Pr Naassila ajoute que « cette étude met en lumière que la vitesse de consommation d’alcool est d’autant plus toxique pour le cerveau« .

Aujourd’hui, le binge drinking n’est pas considéré comme une maladie de dépendance à l’alcool, pourtant ces deux comportements engendrent les mêmes dégâts catastrophiques sur le cerveau. L’étude montre que les séquelles observées chez les étudiants sont toujours présentes un an après l’expérimentation.

 

* « Altered while matter integrity in whole brain and segment of corpus callosum, in Young social drinkers with binge drinking pattern » – Les premiers résultats de cette étude sont financés par le conseil régional de Picardie en plus du financement européen INTERREG IVA et obtenus grâce à une collaboration avec l’Université du Sussex (Pr Théodora Duka) et l’université de Champagne Ardenne (Dr Fabien Gierski)

 

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