Roundup: quels sont les autres produits dangereux que veut autoriser l’Europe?

Glyphosate, perturbateurs endocriniens, OGM: ce sont les « most wanted », les plus dangereux produits qui pourraient être autorisés par les autorités européennes… ou qui le sont déjà.

Glyphosate: stop ou encore?

Ces lundi et mardi, un comité d’experts de la Commission européenne et des 28 États-membres se penche sur une question controversée: faut-il ou non renouveler pour 15 ans l’autorisation de commercialisation du glyphosate en Europe?

Cette substance est notamment à la base du désherbant Roundup de Monsanto. Elle présente des risques pour la santé.

Homologué en 2002 au niveau européen à l’unanimité des États-membres, le glyphosate a depuis été classé par l’OMS comme « probablement cancérigène pour l’homme » en mars 2015.

Plusieurs pays européens comme le Danemark, les Pays-Bas et la Suède ont décidé de l’interdire ou d’en limiter l’utilisation à cause de ses effets possibles, allant de malformations chez les nouveaux-nés à l’autisme en passant par des problème rénaux, la maladie cœliaque ou la colite.

Plusieurs États-membres ont déjà annoncé qu’ils ne soutiendraient pas la prolongation d’autorisation, c’est le cas de la France, des Pays-Bas et de la Suède. Rien n’est donc joué.

La Belgique, elle, est en faveur d’une prolongation d’autorisation du glyphosate. La Commission européenne aussi: l’exécutif européen se base, comme la Belgique, sur l’avis positif rendu en novembre dernier par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), jugeant « improbable » le risque cancérigène pour l’homme de ce pesticide, ou encore qu’il soitsusceptible d’affecter l’ADN.

Manque de transparence

Greenpeace remet en question l’indépendance scientifique de l’EFSA notamment pour avoir basé son rapport sur des études non-publiées car protégées par le « secret d’affaires », ce qui va à l’encontre des principes de l’évaluation scientifique. Manque de transparence donc pour certains eurodéputés critiques par rapport à cet avis de l’EFSA.

L’association française Générations Futures pointe en outre le lobbying intense déployé par Monsanto sur ce dossier. La multinationale ne fait pas que vendre du désherbant mais aussi les semences transgéniques qui y résistent. Elle renvoie aussi à cet article intitulé « Secrets et controverses » du Corporate Europe Observatory qui met en lumière le manque de transparence du processus de réévaluation du glyphosate par la Commission.

Plusieurs associations, dont Inter-Environnement Wallonie et Nature et Progrès, s’inquiètent aussi de cette proposition de renouvellement. Une plainte a d’ailleurs été déposée par six ONG environnementales issues de cinq pays (Global 2000, PAN Europe, PAN UK, Générations Futures, Nature et Progrès Belgique et wemove.fr) contre Monsanto, l’institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) et l’EFSA. Des pétitions circulent.

Perturbateurs endocriniens: des poisons inclassables?

Outre le glyphosate, d’autres produits dangereux pour la santé et l’environnement posent problème. Il y a d’abord les perturbateurs endocriniens comme les phtalates (composants chimiques du plastique), les produits ignifuges à base de brome (présents dans les textiles ménagers et les meubles) et les métaux tels que le plomb et le mercure. Il y a aussi les allergènes, les parabènes, et autres composés toxiques présents dans les lingettes, les déodorants, les dentifrices, les crèmes pour le visage ou soins pour les cheveux, mais aussi dans les jouets, les bottes en caoutchouc, les rideaux de douche, les fruits et légumes ou les céréales.

Une liste dressée par l’association française UFC-Que choisir recense ainsi 185 produits contenant des « substances préoccupantes ».

La methylisothiazolinone (MIT) est un allergène majeur, irritant, ajouté à des produits non rincés qui restent en contact prolongé avec la peau. Il existe une centaine de perturbateurs endocriniens, dont 44 sous la forme d’ethylhexyl-methoxycinnamate, un filtre UV perturbant le fonctionnement œstrogénique et thyroïdien. Parmi les effets de ces molécules: ménopause et puberté précoces, hyperactivité, malformations et infertilité.

On connaît le bisphénol A, interdit des biberons européens en 2011 mais il y en a d’autres.

L’Europe à la traine

Que fait l’Union européenne à ce sujet? La Commission européenne est critiquée pour son inaction et sa faiblesse par rapport aux lobbies.

Il n’existe pour l’instant aucune définition officielle des perturbateurs endocriniens. Une nomenclature était prévue pour décembre 2013, l’objectif avait été fixé en 1999. Mais aujourd’hui toujours pas de définition. Et c’est là le nœud du problème: sans définition comment interdire ou autoriser un produit ?

L’Union européenne a pris beaucoup de retard – des années – sur son calendrier. Ici aussi, il est question de lobbying industriel, si l’on en croit les mails révélés par une ONG à la presse l’an dernier. La Suède, excédée d’attendre, a même attaqué la Commission européenne devant la Cour européenne de justice en juillet 2014.

Les retards ne concernent pas que la définition des perturbateurs endocriniens: la Commission a aussi trainé sur l’inclusion ou non des boissons alcoolisées dans les règles d’étiquetage alimentaire, ou l’indication d’origine de la viande, la législation sur les acides gras trans, etc.

L’actuel commissaire à la Santé Vytenis Andriukaitis a promis le 3 mars dernier lors d’une visite à Paris de bientôt avancer sur ce dossier. « J’ai confirmé à la ministre Ségolène Royal que la Commission avait l’intention de présenter d’ici l’été une liste de critères définissant les perturbateurs endocriniens basée sur celle de l’Organisation mondiale de la santé« , a précisé le commissaire lors d’un point presse avec la ministre française qui attend des résultats « avant l’été » si l’on en croit ses échanges avec le Commissaire européen.

Mais cette nomenclature ne résoudra pas tout le problème: les perturbateurs agissent aussi en cocktail, et limiter leur teneur dans un seul produit n’empêchera pas la combinaison de plusieurs perturbateurs, dont les effets sont inconnus surtout sur le long terme.

Une vingtaine d’OGM autorisés

Sur les produits transgéniques, la Commission européenne a avancé, mais pas nécessairement dans la bonne direction.

L’an dernier, elle a ainsi autorisé l’utilisation de 19 produit génétiquement modifiés, dont 11 de Monsanto en plus des 4 déjà autorisés.

Une clause permet aux États le souhaitant d’interdire ces produits sur leur sol; c’est le cas de la France, mais après négociations avec les semenciers sous l’égide de la Commission.

Pesticides : le glyphosate obtient un sursis

Le glyphosate, un principe actif qui entre dans la composition de 750 produits herbicides dont le célèbre Roundup, va-t-il être interdit dans l’Union européenne ? La question devait être tranchée hier, 8 mars 2016.

La Commission européenne s’apprêtait à renouveler pour 15 ans son autorisation de mise sur le marché (AMM). Elle s’appuie sur un avis favorable de l’EFSA (l’autorité européenne de sécurité des aliments) rendu en novembre 2015. Pour l’agence, il est peu probable que le glyphosate « soit génotoxique (toxique pour l’ADN, NDLR) ou qu’il constitue une menace cancérogène pour l’homme ».

Cet avis contredit celui du Centre international de recherche contre le cancer (Circ) qui, lui, estime depuis mars 2015 que le glyphosate est « cancérogène probable » pour l’homme.

Levée de bouclier

Hier, devant la levée de bouclier, la Commission européenne a décidé de reporter son vote, l’AMM du glyphosate étant valable jusqu’à fin juin.

En effet, la France, la Suède, les Pays-Bas et l’Italie ne souhaitent pas renouveler l’AMM de cet herbicide. Parallèlement, 96 scientifiques ont critiqué dans une revue scientifique la position de l’EFSA. Parlant de« tromperie inacceptable », ils regrettent que l’agence tienne compte d’études favorables au glyphosate financées par des industriels. Dans le même temps, des associations (la Ligue contre le cancer, Foodwatch et Générations futures) ont lancé une pétition sur internet pour demander le retrait de ce produit. Elle a dépassé les 119 000 signatures.

Le sort du glyphosate se jouera sans doute les 18 et 19 mai, dates auxquelles des experts européens doivent de nouveau se réunir. Le sujet reste brûlant compte tenu des enjeux financiers. D’ailleurs, la Commission européenne qui s’était fixé comme objectif de définir avant décembre 2013 la notion de « perturbateurs endocriniens » ne s’est toujours pas prononcée

E-cigarette : les experts veulent l’interdire dans tous les lieux publics

Le HCSP conclut que l’e-cigarette peut être considérée comme une aide au sevrage tabagique mais souhaite exclure son usage dans tous les lieux publics.

 

Suite à la publication par le Public Health England (août 2015) d’un rapport plutôt favorable à la cigarette électronique, certains professionnels de santé français ainsi qu’une association d’utilisateurs d’e-cigarette ont médiatiquement demandé son intégration en tant qu’outil de sevrage et de réduction des risques au sein du Programme national de lutte contre le tabagisme.
La Direction générale de la santé (DGS) et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) ont alors conjointement saisi le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), le 21 octobre 2015, lui demandant une actualisation de son avis du 25 avril 2014. Celui-ci a été rendu public ce mercredi.

Grande prudence du Haut Conseil

Il ressort des travaux du HCSP que la cigarette électronique peut être considérée comme « une aide pour arrêter ou réduire la consommation de tabac des fumeurs ».
Mais comme Pourquoidocteur l’écrivait récemment, le Haut Conseil est resté au final très prudent. En précisant par exemple que l’e-cigarette « pourrait constituer une porte d’entrée dans le tabagisme ».
D’après ces experts, le dispositif induit également « un risque de renormalisation de la consommation de tabac compte tenu de l’image positive véhiculée par son marketing et sa visibilité dans les espaces publics ».

L’interdiction dans les lieux publics recommandée

Pourtant, malgré ce rapport qui souffle donc le chaud et le froid, le HCSP prend tout de même une position ferme. En recommandant désormais « d’informer, sans en faire publicité, les professionnels de santé et les fumeurs que la cigarette électronique est une aide à l’arrêt du tabac », mais aussi, « un mode de réduction des risques du tabac en usage exclusif ».

Une aide dont les vapoteurs ne pourront toutefois pas bénéficier en toutes circonstances puisque le HCSP demande, en parallèle, d’étendre l’interdiction de son utilisation à tous les lieux affectés à un usage collectif (cafés, restaurants, etc).
Tout en expliquant que « les risques liés au vapotage passif sont nuls ou extrêmement limités pour les tiers ». Il conclut à ce titre que « cette recommandation pourrait malencontreusement laisser penser, aux yeux de la population générale, que la vape est assimilable au tabac ».

Avez vous un avis, qu’en pensez vous de cette recommandation ?