Coluche : il y a 30 ans il nous quittait

Le 19 juin 1986, l’humoriste Michel Colucci, dit Coluche, disparaissait dans un dans un accident de moto sur une petite route des Alpes-Maritimes, à l’âge de 41 ans. Si le comique a profondément marqué ses contemporains par son humour anarcho-populo, il a également désacralisé la politique en déclarant sa candidature à l’élection présidentielle de 1981. Portrait d’un bouffon qui avait tous les atouts d’un roi.

 

Le 30 octobre 1980, alors qu’il est au sommet de sa gloire, Coluche convoque la presse pour faire une drôle d’annonce au théâtre du gymnase. « Comme pendant 30 ans on a voté pour des gens compétents et intelligents, je propose aujourd’hui qu’on vote pour un imbécile qui n’y connaît rien, c’est à dire moi », lance-t-il aux journalistes qui notent et enregistrent ses propos.

Nous sommes un peu plus de six mois de l’élection présidentielle de 1981 et l’humoriste Michel Colucci vient de présenter sa candidature au scrutin majeur de la Ve République. Avec une idée bien à lui de ses ambitions :  « Moi, pour l’instant, ce que j’ai, c’est un cahier de charges, affirme le comique : les 1,5 million de chômeurs, comme les pédés, les nègres, comme tous les parasites, les faiseurs de patins à roulettes, les appelés du contingent et tout ça… sont des gens qui, pour l’instant, sont rejetés par la société, qui ne valent rien pour les politiques, même pour les mecs de gauche ».

« Nous sommes en direct du rocher aux putes »

Quelques mois plus tôt, en février 1980, Coluche a été remercié par la radio RMC (Radio Monte Carlo) pour avoir parlé de l’affaire des diamants de Bokassa offerts à Valéry Giscard d’Estaing et avoir balancé, désinvolte : « Bonjour. Nous sommes en direct du rocher aux putes ». Après réflexion, le cinéaste Romain Goupil, son assistant à l’époque, lui suggère d’annoncer sa candidature pour contourner la « censure ».

Toutefois, l’aventure politique de Coluche tournera court. Le 16 mars 1981, victime de menaces, le candidat bleu-blanc merde abandonne son aventure présidentielle face à François Mitterrand et la président sortant Valéry Giscard d’Estaing. »On a eu une seule signature », se souvient sur France Inter Romain Goupil.

Cette candidature pas comme les autres, entretenue chaque semaines dans les colonnes de Charlie Hebdo, ne le fait plus rire malgré des intentions de vote supérieure à 16% selon un sondage du JDD. En revanche, le comique anarcho-populo a révélé une nouvelle facette de son personnage qui ne s’effacera pas jusqu’à (et au-delà de) sa mort, il y a trente ans, le 19 juin 1986, dans un accident de moto sur une petite route des Alpes-Maritimes.

La candidature de Coluche que je salue, bravo l’artiste, il était génial :

Coluche candidat à la présidentielle

« Il représentait la révolte »

En effet, derrière l’humoriste grand public, se cache un trublion politique, qui a toujours donné une dimension politique à son discours et à son oeuvre. « C’était quelqu’un d’extrêmement drôle. Il avait une puissance comique incroyable, à la fois un comique très italien, à la commedia dell’arte, mais aussi un commentaire d’une virulence et d’une justesse absolument dingues sur la société et la politique », soulignait à ce titre Antoine de Caunes dans une interview à La Presse à l’occasion de la sortie de son film biographique sur Michel Colucci. »Il représentait quelque chose de la révolte, une parole complètement différente », défend de son côté Romain Goupil.

Amendement Coluche

L’Express, Olivier Mongin, auteur de De quoi rions-nous. La Société et ses comiques (éd. Plon ; 2006) partage aujourd’hui cette analyse : « Coluche a fait la révolution sociale du rire en parlant de la société, de la vie quotidienne. Il a fait comprendre le premier qu’on peut rire d’autre chose que du Général de Gaulle ».

Contre la peine de mort, antiraciste, anarchiste, critique des institutions comme l’armée, la police, l’école, le mariage ou l’Etat, Coluche était un analyse politique à longueur de sketch comme le raconte Nasserdine Aït Ouali dans Coluche : politique et comique (éd. L’Odyssée) sorti en mai 2016. Jusqu’à s’engager contre la pauvreté en fondant le 21 décembre 1985 les Restos du coeur ou en inspirant après sa mort l’amendement Coluche, la déduction fiscale des dons humanitaires. Un bouffon devenu roi.

F Bardou pour Métro news

 

Pour en lire plus :

Une mort sans réponse, Coluche disparassait il y a 30 ans

 

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