Santé. Des gènes humains transformés par CRISPR pour résister au sida

Un an après une première mondiale, réalisée en Chine en 2015, des scientifiques chinois ont à nouveau génétiquement modifié des embryons humains. Malgré la controverse et les inquiétudes d’ordre éthique suscitées par la première étude, l’équipe de chercheurs mettent en avant les bénéfices que peut apporter la technique CRISPR.

Crispr – prononcez « crispeur » –, acronyme anglais pour Clustered regularly interspaced short palindromic repeats (« Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées », si tant est que ce soit plus clair en français), ce n’est vraiment pas terrible. Mais les scientifiques ne sont pas des romanciers, il est vrai.

Un groupe de scientifiques d’une Université de Canton a annoncé avoir réussi à introduire une modification dans des gènes d’embryons (on parle de mutation). Quatre embryons sur 26 testés ont été modifiés avec succès. Leurs cellules sont devenues plus résistantes au Virus de l’immunodéficience humaine (VIH), responsable du Sida.

VIH et SIDA sont responsables de moins en moins de morts dans la monde chaque année mais restent un problème de santé publique majeur.
VIH et SIDA sont responsables de moins en moins de morts dans la monde chaque année mais restent un problème de santé publique majeur. | VISACTU

« Un peu comme un traitement de texte » La technique utilisée s’appelle CRISPR-Cas9. Depuis 2012, elle permet de corriger les ADN défectueuses.

Emmanuelle Charpentier est l’une des biologistes auteurs de cette technique. Elle en vulgarise le fonctionnement : CRISPR est « un peu comme un logiciel de traitement de texte peut permettre d’éditer ou de corriger la typographie d’un document ». 

Des inquiétudes éthiquesEn février, le Royaume-Uni autorisait pour la première fois les chercheurs britanniques à utiliser cette technique, mais seulement pour la recherche. D’une manière générale, le pays interdit les manipulations génétiquement à des fins thérapeutiques depuis 2009.

L’utilisation de CRISPR par des équipes chinoises sur des embryons humains, avant même que soit établît un consensus éthique international sur ce procédé, suscite aujourd’hui la controverse.

Le site genethique.org relève deux niveaux de problèmes éthiques posés par l’utilisation de la technique du « copier/coller génétique » chez l’humain. En résumé, une partie des modifications génétiques comme celles-ci sont transmissibles d’une génération à l’autre : si une erreur est commise sur un embryon, elle risque de perdurer. Le deuxième point touche « la modification elle-même : va-t-on chercher seulement à corriger pour redonner une fonction normale, ou va-t-on chercher à augmenter certaines capacités ? »

De multiples usagesMais cette technique d’édition du génome serait une « révolution » dans la recherche car ses usages sont très variés.  Han Bin, le directeur du Centre chinois pour la recherche génétique, estime que les bénéfices thérapeutiques potentiels de la technique pour lutter contre les maladies liées à l’hérédité, dont le cancer, « doivent l’emporter sur les scrupules ».

Emmanuelle Charpentier abonde : les enjeux de l’utilisation de cette technique « sont énormes car c’est une technologie révolutionnaire qui a beaucoup de développements possibles ». En janvier, CRISPR avait par exemple permis de dynamiser la recherche sur la myopathie et d’espérer la découverte de nouveaux traitements.

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